Les dessous de Kanesatake
James Gabriel a toujours cru qu'il finirait ses jours à Kanesatake. Il y est né, y a vécu pendant 40 ans, et croyait bien y être enterré un jour aux côtés de ses ancêtres, à savoir plus de sept générations de Gabriel, un nom donné par les Sulpiciens en mission d'évangélisation chez les " Sauvages ". Or, le voilà contraint depuis plus d'un an à l'exil et à la semi-clandestinité, en territoire ontarien. Il vit dans un modeste parc d'autocaravanes, loin de " sa " réserve, anonyme au milieu des Blancs, lui, l'ex-grand chef mohawk, le Eliot Ness amérindien, l'incorruptible dont on semble être venu à bout. Lyndia, sa compagne depuis plus de 16 ans, une Blanche, ainsi que ses deux jeunes enfants qui ont aussi dû s'adapter aux difficiles conditions du bannissement, sont sans aucun doute ce qui lui reste de plus précieux. Rien n'est plus urgent pour James Gabriel que de rétablir les faits au sujet de son départ précipité, alors que sa maison était vandalisée, puis incendiée, par des voyous très bien organisés qui font la loi sur ce territoire qui échappe à tout contrôle policier, quoi qu'en disent les autorités de la Belle Province, et dont il a voulu assainir les moeurs et les pratiques. James Gabriel avait rêvé d'un monde meilleur pour les siens et, pour cette raison, on l'a chassé. Car James Gabriel est un idéaliste. Rien ne l'horripile davantage que cette étiquette qu'on a accolée, à tort ou à raison, aux Autochtones, et principalement aux Mohawks de sa petite communauté de Kanesatake. Ce n'est pas la rage qui l'anime aujourd'hui, encore moins le désir de vengeance, mais tout simplement la foi en une justice immanente. James Gabriel revient de l'enfer, et il nous ouvre toutes grandes les portes de son histoire, d'une autre vérité
Livre imprimé, French, ©2008
Les Intouchables, Montréal, ©2008